![]() | Le glandeur agressif | ![]() |
Un glandeur peut être sympathique, amusant, tolérable. Il existe malheureusement des glandeurs qui ne répondent pas à ce profil, loin de là. Il m'a été donné la "chance" d'en subir un pendant plus de 2 ans. Je parle donc avec expérience, et je suis sur que vous pouvez en trouver un dans votre entourage. Le tableau est attristant, mais le pire c'est que le trait n'est pas forcé. L'individu étant de plus sensé être un admin réseau (sensé, seulement, par respect pour la profession), vous imaginez le carnage.
"J'ai pas le temps je suis débordé, moi"
Par définition, le glandeur agressif est ... agressif. Et il n'a jamais le temps de ne rien faire, malgré ses horaires "impossibles". C'est normal, il ne fait rien. Et ces horaires "impossibles" ne l'empêchent pas d'arriver avec une bonne demi-heure de retard le matin et pas loin d'autant l'après-midi.
Examinons de plus près à quoi ressemble le spécimen, et plus particulièrement quelles sont ses activités.
"Toujours grâce à moi"
Pour sauver la mise, le glandeur agressif exprime une très forte tendance à toujours tirer la couverture à lui. Il passe du temps à trouver des choses qui marchent (par hasard ou par miracle), et trouve toujours le moyen de s'attribuer le résultat. S'il a des subalternes, ce n'est pas grâce à eux, mais bien par son travail que le résultat est atteint. Son seul rôle n'ayant qu'été de critiquer sans apporter de solutions, il se sent responsable de la réussite du projet, compte tenu des heures qu'il prétend avoir passé dessus - mais qui peut le prouver ?
Ce comportement est doublé de son pendant, symétrique :
"Jamais ma faute !"
Toujours dans cet esprit de faire-valoir, le glandeur agressif n'est pas en mesure d'assumer les problèmes. Il rejettera systématiquement le problème sur l'incompétence prétendu de ses collègues, son équipement, le manque de moyen ... Si le serveur de courrier rame, les utilisateurs n'ont qu'à envoyer moins de courrier. Pour leur expliquer cela, rien de tel qu'un message à tous, d'une demi-page, à moitié insultant.
Le glandeur agressif utilise à l'envie le "j'ai pas eu le temps". Il est cependant suivi d'un "à cause de tout ce que j'ai à faire, à cause d'untel, à cause de ceci, de cela" du plus mauvais goût. Faute de pouvoir reconnaître qu'il est soit incompétent, soit totalement désorganisé, il se sent obligé de rejeter la faute sur les autres.
Le cercle est d'autant plus vicieux qu'un glandeur part sans méthode. Comme il glande, il n'a "pas le temps" de mettre en place une méthode, il n'a pas de méthode. Donc tout ce qu'il fait prend du temps alors qu'un peu de rigueur permettrait d'arriver au résultat bien plus vite. Comme il est présomptueux et imbus de lui, il ne va pas remettre en cause ses non-méthodes de travail qui lui permettent de si bien glander. Donc il glande d'autant plus.
Les poux dans la tête
Le glandeur agressif doit cacher sa propre glande en allant voir chez les autres ce qui se passe. Même si ça ne le regarde pas. L'objectif primaire est de trouver substance à des reproches outrés, incendiaires, à ses collègues. L'objectif sous-jacent voulu est de détourner l'attention et donner l'impression qu'il travaille. Les gens sensés comprendront tout de suite le but de la manoeuvre, et se demanderont de quoi il se mêle.
L'un des réponses idéales au glandeur qui vous tance est de l'ignorer. Ne pas lui répondre. La situation finira soit par le faire évoluer (tout glandeur qu'il est, il a besoin de l'aide des gens qui travaillent réellement pour justifier sa place), soit par exploser. Dans ce cas, le recours aux voies hiérarchiques permet souvent de mettre l'agresseur en position d'infériorité. En général il s'écrase bien platement et on a la paix pour un moment. Si la hiérarchie n'est pas capable de séparer le grain de l'ivraie, là, il y a anguille sous roche. Mieux vaut quitter le navire avant qu'il finisse de sombrer. (Voir aussi : Sortir l'artillerie lourde ci-dessous). En effet, si la hiérarchie confond agressivité et efficacité, le glandeur sera confirmé dans son raisonnement et c'est souvent le début de la fin.
Sparadrap, clous rouillés et bouts de ficelle
Le glandeur agressif ne sait pas concevoir des solutions évoluées, sinon il ne glanderait pas. Et donc il pond des solutions ridicules, du style "on a qu'à faire passer le téléphone sur le réseau Ethernet, y'a des paires libres". Et il prétendra bien entendu que c'est la meilleure solution, puisque personne ne lui a donné les moyens dont il a besoin, moyens qu'il n'a jamais demandé. Par contre, pas question d'assumer les conséquences, voir : "Jamais ma faute !" ci-dessus.
En général, le nabot pharisien se plaît à rajouter à l'envie du "je l'ai déjà dit", "je l'avais bien dit", "les autres solutions sont nulles", "de toute façon tu ne sais pas de quoi tu parles" ...
Sortir l'artillerie lourde
Pour faire sauter ce genre de glandeur, le meilleur moyen est de le prendre à son propre jeu. C'est-à-dire, et à condition de ne pas y perdre trop de temps (sinon le glandeur se croira d'importance), de débusquer tout ce qu'il a à se reprocher (et il y a sûrement matière, puisqu'il agresse les autres pour s'en cacher), et d'y aller à grands coups de masse. Quelques rapports même succincts, mettant clairement en cause son incompétence et son manque de résultats réels, ses fautes, et le climat qu'il créé, sont en général une réponse efficace. Le meilleur moment pour sortir ces rapports est en réponse à une agression publique (de préférence grave, démesurée, et non fondée, comme le glandeur agressif finit par inventer). Un bonne mise en cause publique, argumentée, détaillée permet de remettre les pendules à l'heure.
Voilà, si vous trouvez dans votre entourage professionnel un individu de cette espèce, essayez par tous les moyens de le faire sauter. Malheureusement, il est souvent proctonculiste à l'extrême, ce qui ne facilite pas la chose. Enfin, ne désespérez pas, les résultats finiront toujours par démasquer le glandeur.