 | Le glandeur débordé | |
Un glandeur débordé est, en apparence un paradoxe. Au contraire, c'est la forme la plus habile de dissimulation de la glande, même si cela lui coûte physiquement, au moins le cerveau se repose. La frontière est parfois mince avec le glandeur agressif, donc une révision peut-être nécessaire.
Pas un instant de libre
Certains ont toujours quelque chose à dire. Le glandeur débordé a toujours quelque chose à faire. Même d'insignifiant. Et surtout sans intérêt, sauf pour lui. Mais qui donne l'impression qu'il travaille. Plusieurs stratégies sont utilisées pour entretenir cette illusion :
- utiliser ses jambes. Le glandeur débordé marche beaucoup, court, même. Il multiplie les aller-retours, car pour aller vite, autant voyager léger, même si cela démultiplie la distance à parcourir ;
- charger son bureau. Beaucoup s'imaginent encore que bureau encombré est synonyme de grande charge de travail. Le glandeur débordé exploitera sans doute cette illusion. Ceci permet d'autre part d'alimenter son activité de glande, puisqu'il doit désormais partir à la recherche de choses et d'autres, noyées dans le fatras de son bureau, recherche souvent interrompue et recommencée car le bulleur s'est souvenu entre temps d'une autre tâche qui l'attendait ;
- finir tard. Afin de donner l'impression qu'il travaille tellement, le glandeur a parfois tendance à prolonger ses horaires plus que nécessaire. C'est presque habile. En finissant par se mettre à bosser vers les 22h, ce qui se traduit par l'envoi de quelques méls (qui sont datés tard, sinon ça n'aurait pas d'intérêt), il donne l'impression d'avoir bossé toute la journée et d'avoir tellement encore de boulot qu'il sacrifie à ses ennuyeuses heures de solitude chez lui... Les personnes dotées d'un soupçon d'intelligence ou de bon sens chercheront à comprendre le néant d'activité en journée. Et réaliseront que le glandeur n'a effectivement rien fait.
Diviser pour mieux glander
J'ai pu observer, et également tester, une excellente technique d'autodébordement, qui consiste à se transformer en multitâche préhemptif. En termes concrets, diviser son boulot en plein de tâches, et passer de l'une à l'autre en permanence. Le résultat est d'une part l'impression que la personne à beaucoup de travail, de projets en cours, et que d'autre part elle croule littéralement sous le travail. Et plus on en rajoute, plus l'effet est important. Il n'en n'est absolument rien. Une exécution séquentielle des tâches pourrait vite vider la "to-do-list" du glandeur, il s'en abstiendra donc et préférera garder plusieurs casseroles sur le feu. Les connaisseurs reconnaitront le modèle de programmation de Windows, les autres son fonctionnement.
Autant que possible, il faut dans ce cas éviter de respecter l'unité de lieu, de personnage ou d'action. Autant multiplier les déplacements, les interlocuteurs (le téléphone qui sonne toujours est un bon allié), les messages, les dossiers à imprimer. Quitte à s'y perdre, ce n'est pas grave, ce n'est que passager, il suffit de prendre le temps de ranger !
Pas toujours aimable
Le glandeur débordé n'est pas toujours agressif (cf.), mais son comportement s'accorde souvent à l'hypocrisie qu'il doit entretenir pour rester égal à lui même, il peut être :
- condescendant, du style "je comprends, mais c'est vraiment pas important à côté de ce qui m'occupe, là. Tu vois je suis plus débordé que jamais..." ;
- méprisant, affectionant les remarques telles que "comme si je n'avais que ça à faire, tu ferais mieux de bosser plutôt que de venir m'embêter avec ça" (noter au passage le retournement de culpabilité) ;
- blasé, avec des réponses type "ouais, pose ça sur mon bureau, j'essaierai de m'en occuper un jour, j'ai pas trop le temps là !" (ton plus ou moins enervé de mise) ;
- sarcastique, à la "envoies, je vais m'en occuper tout de suite je n'ai que ça à faire de toute façon"...
Voilà. Ceci pourrait vous aider à débusquer des glandeurs bien malins.




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